Sita BDParadisio
Octobre 2002 :
Né le 17/07/38 à Bévercé (Belge) - Scénariste-Dessinateur
Hermann
Huppen passe son enfance à Bevercé dans les Ardennes. Il quitte ce village à
l'âge de 12 ans pour s'établir avec sa mère à Bruxelles.
Après une année passée à l'Athénée St Gilles, il se retrouve dans une école
professionnelle des métiers du bois. Il termine le cycle des trois ans puis
exerce durant quinze jours l'ébénisterie avant de travailler chez un architecte.
Parallèlement, il suit les cours du soir de dessin en architecture et en
décoration à l'Académie des Beaux-Arts de St Gilles.
La BD l'attire mais le directeur de cette école lui conseille plutôt d'apprendre
"un vrai métier".
Attirés par le mythe de l'Amérique, les Huppen s'en furent au Canada, en 1957 -
Hermann avait alors 17 ans - pour y découvrir... qu'ils ne seraient jamais
américains ! Ils y restèrent cependant trois années au cours desquelles Hermann
se spécialisera en architecture, en ébénisterie et en aménagement de
restaurants.
Mais la nostalgie de l'Europe le tenaille, le désir de revenir sur un sol tout
couturé d'histoire et marqué par son passé le ramenèrent en Belgique en 1960 où
il continua à exercer les métiers appris au Canada.
Il fait bientôt la connaissance de Philippe Vandooren (son beau-frère et
rédacteur en chef de Spirou), qui lui suggère, en voyant ses croquis, de faire
de la BD.
Hermann travaille dès lors à mi-temps chez un architecte et dessine
l'après-midi.
En 1965, il réalise, d'après un scénario d'Octave Joly, une histoire d'Oncle
Paul intitulée Maryse Bastier, livreuse d'avions.
Il poursuit en dessinant un court récit pour les scouts de Belgique, "Histoire
en ...able".
Greg le remarque et l'invite à
rejoindre son studio.
En 1966, ils créent ensemble Bernard Prince, d'abord sous forme de récits
complets, comme il sied à un débutant. Dès lors, son trajet restera lié au
journal Tintin, dont il devient progressivement l'un des principaux piliers.
Parallèlement aux premières grandes aventures de Bernard Prince, il poursuit la
réalisation de quelques "histoires vraies" notamment consacrées à l'Ouest
américain, première esquisse de ce qui sera le décor de Comanche.
Hermann réalise également quelques épisodes de Jugurtha (histoire d'un prince
Numide combattant contre l'envahisseur romain et les complots fomentés par ses
proches). Cette série sera reprise par Franz en 1976.
Mais, dès 1969, Hermann revient au western avec
Greg pour lancer Comanche, western
très réaliste où le mythe du héros sans peur et sans reproche en prend pour son
grade.
Si l'on veut se livrer au jeu mesquin des influences, Hermann reste
indubitablement marqué, jusqu'aux premiers épisodes de Jugurtha, par Jijé, dont
il ne retient, il est vrai, que la souplesse et le délié des gros traits noirs,
l'irruption de larges tâches d'ombre qui donne cette liquidité si particulière
de l'image et de son "éclairage".
Avec Comanche, deuxième produit du tandem Hermann-Greg, nous découvrons un
dessin en pleine maturité, très prenant, d'une grande force d'expression, et
surtout d'un dynamisme qui, en dehors de Jijé et de sa descendance, fait le plus
souvent défaut aux artistes franco-belges.
Lorsque ensuite l'influence de Gir
(Giraud) se fait sentir, Hermann a déjà une personnalité suffisamment forte
pour n'en retirer que des leçons à intégrer à son propre style.
Car il n'a cessé d'évoluer graphiquement, là où d'autres se soumettent aux
facilités de la routine et de l'académisme, Hermann épure donc son dessin : le
noir épais des traits rétrécit à ce lavage ; il redécouvre les hachures
discrètes ; les grands espaces de l'aventure classique aèrent jusqu'à son
graphisme.
Mais il n'a pas pour autant fini de se remettre en question.
L'envie de créer ses propres scénarios le talonne et, en 1977, il abandonne
Bernard Prince (laissé aux bons soins de Dany) pour Jérémiah.
Jérémiah est un genre difficile à classer. Ce n'est pas un western, le récit a
un côté futuriste mais il n'a rien à voir avec la science-fiction.
L'idée de Jérémiah lui est venue à la lecture de "Ravage", un livre de René
Barjavel, qui décrit les lendemains d'une guerre nucléaire.
"Mais avec Jérémiah, je n'essaie pas, souligne Hermann, de montrer la voie pour
un nouveau type d'existence. Il n'y a rien de moralisateur. Je ne veux rien
démontrer si ce n'est l'inutilité du rêve humain !".
De 1980 à 1983, Hermann illustre "Nic", une série publiée dans Spirou et
scénarisée par Morphée, alias Vandooren. Nic est un petit garçon qui fait
d'étranges rêves avec lesquels il se crée un monde merveilleux peuplé d'une
faune incroyable et de personnages farfelus.
En 1982, il lâchera aussi Comanche qui "comanchait à l'ennuyer" et réalise un
récit inédit "la cage" avant de se lancer, en 1984, dans "Les Tours de
Bois-Maury", une fresque médiévale où son réalisme appliqué à une époque bien
révolue fait merveille.
Hermann se consacre également à des expériences nouvelles comme ce récit paru
dans la collection Aire Libre de Dupuis : "Missié Vandisandi" (1991) ou encore
cette étrange histoire, toujours chez Dupuis, 'Le secret des hommes chiens".
Ces récits "one shot" seront suivis par le cri de révolte "Sarajevo-Tango", un
album réalisé en couleurs directes dont la teneur historique et sociale lui vaut
de recevoir en novembre 1996 le prix Oesterheld, du nom de ce célèbre scénariste
argentin tragiquement "disparu" en 1977.
Avec son dernier album, Caatinga, paru en janvier 1997, le crayon d'Hermann se
range une nouvelle fois du côté des victimes d'un certain ordre social, celui
qui sévissait dans le Nordest brésilien des années trente.
Hermann présente une carrière bien remplie. Mais ce dernier, qui déclare
dessiner avec "ses tripes", ne s'en contente pas. Il cherche inlassablement de
nouvelles voies, des techniques plus sophistiquées, afin de pouvoir s'exprimer
d'une manière plus profonde et plus vraie...
Enfin en 2000 avec Van Hamme encore un One shot dans la collection aire libre de
Dupuis Lune de Guerre
Pays de résidence : Belgique |