Le Gipsy part d'une évidence, d'une nostalgie... C'est le film vu avec la bande de copains (il y avait des filles parfois), le dimanche après-midi, dans une salle de quartier. Films populaires (on y trouvait souvent des chef d'oeuvre), aux couleurs chatoyantes, bigarrées, ils ouvraient toutes grandes les portes d'un rêve émerveillé où vous pouviez débarquer sur une île déserte au volant d'un astronef ou piquer vers les astéroïdes à bord d'un navire de pirates. À moins que ce fût le contraire, je ne sais plus.
Aussi, le pire y côtoyait le meilleur au hasard d'une programmation souvent anarchique.
Avec le Gipsy, nous sommes incontestablement du côté du meilleur. Là où il n'y a plus de hasard. Parce que, de l'autre côté de la pellicule - ou de la page blanche pour ce qui nous occupe, se trouve de véritables illusionnistes d'une habileté telle qu'ils ne vous laissent jamais le temps de décrypter les mécanismes, les rouages mis en place au service de leur histoire.
Il y a dans le Gipsy un jeu perpétuel avec les clichés, les rebondissements, les codes.
Certes, cela va très vite. Il court, il court, le Gipsy et vous aurez du mal à le suivre. Surtout, n'anticipez pas ! Le Gipsy - et ce n'est pas là le moindre de ses charmes - se montre souvent imprévisible. Son art du rebondissement dans les situations les plus imprévues (voyez dans cet album son habilité à se servir d'un crochet!), emprunte aux mirages de notre enfance, ce temps où tous, nous étions invincibles.
Et pourtant... pourtant le Gipsy est bien un héros de notre temps. Il laisse difficilement percer ses émotions. Il se montre buté, râleur souvent. Et les belles qui passent dans ses bras (calibre impressionnant!) ne freinent jamais sa course folle. On dirait que le Gipsy, au volant de sa forteresse d'acier, a une mission, un but : découvrir d'autres frontières, d'autres imaginaires pour pouvoir mieux les transgresser. Le Gipsy reste avant tout un rebelle.
J'ai le plaisir de travailler avec Marini. Je connais la rigueur qu'il met dans son métier. Cet acharnement aussi qui n'enlève rien cependant au jeté, à la spontanéité de sa plume, de ses couleurs. La technique mise au service de l'instinct donne souvent naissance au charme. Le Gipsy n'en est certainement pas dépourvu.
Ainsi, sur le tapis magique que lui envoie Smolderen, Marini trace des arabesques d'une beauté, d'une richesse parfois époustouflantes. Le ciel devient une toile bleue piquée de mille étincelles, les villes tremblent comme des mirages au fond des déserts, les palais laissent entrer le chant de Shéhérazade mille fois recommencé...
J'oubliais : le Gipsy est énervant aussi ! Je pense à sa façon de faire l'amour avec de belles dames, toujours décontracté, les mains derrière la nuque, allongé comme un pacha aux muscles durcis qui pense à autre chose. Mais comment fait-il'? J'ai essayé. Je me suis farci une de ces crampes... |