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Les Stryges : Révélations
(Pavillon rouge N°11 Mai 2002 : (Propos recueillis par Michaël
Espinosa))
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Les stryges sont
partout autour de nous, nous imposant leur volonté, nous terrorisant même. Mais
qui se cache vraiment derrière ces monstres ? Corbeyran, Guérineau, Charlet et
Suro seraient-ils les véritables manipulateurs ? Explications... ou presque !
D'où est née l'idée de la série Le Chant des Stryges ?
Corbeyran : La découverte chez un bouquiniste d'un étrange opuscule nommé
Contact & Inducement a donné la première impulsion. Il s'agissait d'un ouvrage
pseudo-scientifique anglais sur des créatures nommées « Stryges ». L'auteur,
Péter Mackenzie, était visiblement très imprégné du boulot de Charles Fort, le
pape du paranormal. Selon lui, les Stryges nous manipulent, influencent nos
choix et pèsent sur nos décisions. La question qui nous a titillés fut : "le
libre arbitre de l'homme n'est-il qu'une illusion ? » Nous n'avions pas de
réponse, mais déjà largement de quoi faire une série BD ! Par la suite, nous
avons découvert avec stupéfaction que pas mal de gens adhéraient à cette
théorie...
Pourquoi utiliser ces « animaux » mythologiques plutôt que d'autres ?
C. : Parce qu'ils étaient libres de droits (rires) ! Plus sérieusement, les «
Stryges » décrits par Mackenzie, et par conséquent ceux de la série, dépassent
le cadre de la définition que l'on trouve généralement dans les dictionnaires de
mythologie. Le mot « Stryge » n'est pas pris ici au sens littéral. C'est plutôt
un terme générique qui inclut de nombreux autres êtres surnaturels avec lesquels
nos créatures entretiennent des liens de parenté plutôt étroits. À défaut de les
comprendre, il a bien fallu les nommer.
Dès la première série, la paranoïa et le complot dominent...
C. : Comme toutes les grandes sagas fantastiques qui proposent une réalité
alternative, les Stryges ont les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Il
faut être en phase avec les préoccupations de son époque et avoir suffisamment
d'imagination pour fournir de l'émotion à son public. Trop de réel tue la
fiction, mais pas assez enlève tout intérêt à ce que vous racontez. Le
fantastique est un véhicule qui favorise la métaphore. Le monde des Stryges est
métaphorique. Nous n'avons toutefois pas la prétention de détenir un quelconque
message et de vouloir à tout prix le délivrer au monde. Pour les mêmes raisons,
je ne pense pas qu'il soit utile de donner un mode d'emploi de l'univers des
Stryges. Je pense que celui qui attend continuellement des réponses et des
certitudes sera toujours déçu, alors que celui qui ressort de la lecture, en se
posant davantage de questions que lorsqu'il y est entré, nous donnera le
sentiment d'avoir plutôt bien bossé.
«Trop de réel tue la fiction, mais pas assez enlève tout intérêt à ce que vous
racontez.» Corbeyran
Pourquoi avoir
voulu décliner le sujet sur plusieurs séries ?
C. : Ce choix est antérieur au succès du Chant des Stryges. J'en avais déjà le
désir avant même de signer le contrat du premier album. C'est un vieux fantasme
lovecraftien. Une fois que la mythologie que vous avez créée est en place, vous
avez envie de l'utiliser pour voir si elle fonctionne, vous brûlez de la mettre
à l'épreuve pour voir comment elle réagit. Les Stryges ne sont ni les Grands
Anciens d'Howard P. Lovecraff ni les extraterrestres de Chris Carter, mais je ne
verrais aucune objection à ce qu'ils se fassent une petite place au sein de
cette grande famille (sourire).
Les Stryges
manipules par... Richard Guérineau
Comment t'es-tu retrouve impliqué dans la série ?
Avec Corbeyran, nous avons élaboré le concept départ- En fart, c'est parti
de la volonté de créer une série un peu polar-fantastique, qui tourne
autour de la figure du génie du mal. On a mis toutes nos idées dans un
sac, on a secoué le tout et en est sortie cette histoire. On voulait
utiliser des créatures un peu vampiriques, et Corbeyraon m'a dit avoir
trouvé dans des ouvrages de mythologie les Stryges. J'ai dit : "va pour
les Styges» (rires).
Comment travailles-tu avec Corbeyran ?
Avant que Corbeyran ne se mette à l'écriture du scénario, on se rencontre
souvent pour en discuter dans toutes les largeurs. On avait dégrossi le
premier cycle (les 6 premiers albums) entièrement, en mettant les grandes
lignes de chaque album sur papier. Après, Corbeyran s'occupe du découpage.
Sur ce terrain, je ne fais que quelques remarques. Le gros de la la
discussion est réalisé en amont. Puis, pour chaque tome, on se revoit pour
préciser les points importants. Enfin Corbeyran écrit le scénario en
entier, et je travaille dessus. Ça évite les mauvaises surprises
d'éléments qui apparaissent comme par magie d'une séquence à une autre.
C'est carré, et... plus agréable.
Ta technique devant la feuille blanche ?
Au départ de la série, je commençais par des roughs pour bien saisir les
personnages. Maintenant, j'en fais beaucoup moins. Je fais une mise en
page très rapide, sur un timbre poste quasiment. Et je passe au crayonné.
Je travaille sur des planches au format de l'album. Ce n'est qu'après que
j'agrandis le crayonné à la photocopie en format A3 pour encrer le tout.
Pour les couleurs, avec Corbeyran, nous donnons des orientations, un état
d'esprit, aux coloristes. Par exemple, nous se voulons pas d'à-plat de
couleurs. Pour ma part, je donne des indications, en particulier, pour les
ombres sur les gros plans, sur les visages qui ne sont pas toujours
évidents à mettre en volume. Je fais ça sur une photocopie noir et blanc.
En revanche, pour la palette de couleurs, je laisse au coloriste la
liberté de choisir. Ce sont ses goûts qui rentrent en jeu à ce moment là.
Quel est ton moment le plus Jouissif ?
Chaque étape a ses bons côtés. Le crayonné est très excitant. Lorsque la
planche a pris vie, on sent son travail exister. Après, l'encrage est plus
fastidieux. Il est important car on pose les noirs, les masses, mais on a
l'impression de refaire un peu la même chose une seconde fois.
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Pour chaque série,
avez-vous cherché un ton différent ?
C. : La mythologie est commune aux différentes séries, mais il n'était pas
question pour moi de refaire quatre fois fa même chose. Le Chant s'apparente à
une saga fleuve du type Les Envahisseurs. Le Maître de jeu tient du slasher
autant que du thriller. Le Clan des chimères doit s'aborder comme une sorte de
conte de fée tendance glauque ; enfin, Les Hydres d'Ares serait un scénario de
John Carpenter produit par George Lucas. Ensuite, la forme donnée au récit par
le dessinateur est déterminante et influence évidemment la trajectoire du
projet. En plus d'avoir participé plus qu'activement à la création des
fondements de la série, Guérineau a su insuffler un nouveau rythme au thriller
BD « à l'américaine » sans pour cela renier les bases européennes de son
travail. Peu de gens en sont conscients, mais la justesse de son trait donne une
grande crédibilité à l'histoire. Le classicisme de Suro s'harmonise bien avec le
Moyen Âge, et l'élégance de son trait confère à la série une aura de merveilleux
sans laquelle elle aurait probablement moins de charme. Très fan de culture
nipponne, et en constante recherche de l'effet optimum, Charlet offre à la série
une vision très noire, toujours surprenante. Quant à Moreno - associé à son
frère sur Les Hydres - sa passion pour le design S-F et sa maîtrise de l'outil
informatique vont catapulter le projet vers des sommets.
Les Stryges : Mythes et Réalités
Pour donner corps à l'ensemble de l'univers des Stryges, un album "hors
série" est sorti au printemps 2001, en coffret avec le tome 5 du Chant des
Stryges. Composé d'extraits du fameux livre Contact & Inducement de
MacKenzie et de nombreux dessins inédits, il fut, pour le scénariste
Corbeyran, "l'occasion de faire le point, de dire aux lecteurs où on en
était. Pour nous, la cohérence entre les différents projets est évidente,
mais elle est parfois mal (ou pas du tout) perçue par le lecteur. C'était
donc une manière de démontrer qu'il y avait une âme derrière tout ça et
pas seulement un odieux calcul commercial." L'album est un superbe
portfolio qui permet à chaque dessinateur (Guérineau, Charlet, Suro et
Moreno) d'exposer son univers graphique par le biais d'illustrations
pleine page (voir double page !), envoûtantes et soignées.
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Le Chant, la série
mère semble être la plus paranoïaque avec une théorie du complot. N'est-ce pas
un sujet un peu bateau ?
C. : Boris Vian déclarait que "tout a déjà été dit cent fois ». La BD n'échappe
pas à la règle. Je crois que l'originalité vient de la façon dont vous abordez
les thèmes et dont vous traitez les sujets. Je dirais seulement deux choses :
premièrement, le concept des Stryges est simple, et c'est cette simplicité qui
nous permet de mettre en place des intrigues élaborées ; deuxièmement, le dessin
de Guérineau est d'une apparente simplicité, et nous pouvons ainsi montrer de
manière évidente des choses compliquées.
Je pense que celui qui attend continuellement des réponses et des certitudes
sera toujours déçu.» Corbeyran
Les Stryges
manipulés par... Charlet
Comment es-tu arrivé sur le projet ?
J'ai participé à un collectif réalisé à l'Académie de Tournai, Corbeyran l'a
repéré et m'a demandé si j'étais intéressé par une collaboration sur les
trois tomes du Maître de jeu. Ça me paraissait faisable. De plus, le
personnage de Quentin et l'histoire de rôlistes perdus sur une île m'ont
emballé.
Comment fais-tu pour mettre le scénario en images ?
À partir du scénario entier, je travaille par séquence. Je la découpe pour
placer la dynamique de plusieurs planches. Je fais ensuite une esquisse pour
modifier quelques petites choses qui me viennent soudain à l'esprit. Je
trace aussi toutes les lignes de fuite en fonction des objets que j'ai, ce
qui donne un quadrillage des cases, pas très clair pour des yeux extérieurs,
mais moi je sais ce que je fais (rires). Je bidouille tout de même beaucoup.
Quand je suis lancé, je crayonne toutes les planches de la séquence. Ainsi,
je conserve l'esprit. Après, je m'aperçois des défauts et je modifie : je
passe du blanco, je gomme, je colle... Je refais aussi des cadrages. Il y a
un côté un peu dingue qui m'est propre parce qu'en fait je vais plus vite en
refaisant des planches entières. Je passe par une sorte de « produit
finalisé intermédiaire ». Ça ne me gêne pas de tout recommencer. Je ne fais
pas de différence entre les scènes d'action et les scènes de dialogues. Le
plus long à dessiner restent certains décors,
comme des buildings, ou des véhicules comme les hélicoptères.
Et les couleurs ?
Je les fais moi-même. Sur le premier tome, j'ai travaillé en aquarelle, mais
le résultat m'a un peu déçu à l'impression. Pour le deuxième tome, j'ai opté
pour les encres de couleurs, mais cela donne un côté un peu flashy.
Maintenant j'essaye d'être plus minimaliste, de travailler sur les
contrastes, les nuances. Certaines de mes planches sont à la limite du
monochrome. Je considère par exemple le noir comme une couleur à part
entière. Cela donne un style différent.
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Quel est votre
secret pour trouver le juste équilibre entre l'action pure et les séquences
dialoguées aux multiples informations ?
C. : Il n'y a aucun secret. Je ne calcule rien à l'avance. J'avance au feeling
en tenant compte des contraintes : le contenu à faire passer et les 46 petites
pages qui lui sont consacrées. Je me concentre sur le rythme, et j'essaie de
varier les plaisirs. Il ne faut pas que les personnages parlent tout le temps,
sinon le lecteur s'endort. Il ne faut pas que les personnages courent tout le
temps, sinon le lecteur s'ennuie. S'il y a un secret là-dedans, c'en est aussi
un pour moi. Je préfère ne pas le connaître.
Avec le tome 6, le premier cycle du Chant des Stryges s'achève. Quelles
orientations prendra le second ?
C. : Nous sommes partis pour rencontrer le mystérieux Sandor G. Weltman. Nous
découvrirons aussi qui sont les employeurs de l'Ombre. De quoi rester éveillés
quelque temps encore.
Un peu d'histoire...
Dans Le Chant des Stryges (6 volumes) Kevin Nivek, responsable de la
sécurité du Président des Etats-Unis, est mis à pied suite à un attentat
raté contre l'homme d'état. En enquêtant, il découvre qu'une étrange
créature était sur les lieux. Pour éliminer les soupçons qui pèsent sur
lui. il poursuit ses investigations afin de découvrir les origines de ce
monstre. Sur son chemin, il croise l'Ombre, une tueuse d'élite avec
laquelle il s'allie, et découvre que des hommes importants sont sous
l'influence de créatures maléfiques identiques à celle qu i] cherche : les
Strvges.
Mais d'où viennent-elles ? Quel est leur but ?
Le Maître de Jeu (3 volumes) suit un groupe de rôlistes, prisonniers sur
une île bretonne, qui expérimentent un nouveau jeu. Mais la présence d'un
monstre bouleverse le cours de la partie, et les morts se ramassent à la
pelle. Qui est ce monstre ? Ce jeu ne devient-il pas un peu trop réel ?
Le Clan des Chimères, (2 volumes) conte les péripéties mouvementées du
seigneur Payen dérendant son château contre son vindicatif cousin. Au même
moment (1235), sa femme accouche d un enfant qui, en grandissant, se
révèle simple d'esprit. Pourquoi ce malheur ? Que cache la sorcière
Smérald ? Qui est donc la petite Çylinia ?
Les Hydres d'Arès, (1er album à paraître) offrira un petit voyage dans le
temps (3455), et dans l'espace. David «Boozer" Soho, un dépanneur agréé,
Donna McSpayne, une diplomate et leur cyborg domestique Jean-Pierre
affronteront les "Hydres" sur le sol martien. Une belle bagarre en
perspective sur fond de mutation génétique et de complot interplanétaire.
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Le Maître de jeu se situe aussi dans le monde contemporain...
C. : Une partie de l'histoire se déroule dans une grande ville, mais l'essentiel
du récit est situé dans un cadre au look résolument ancien (un village abandonné
au siècle dernier). Quand aux tomes 1 et 3, ils présentent beaucoup
d'aller-retour entre passé et présent. De fait, ces particularités confèrent aux
albums un côté moins «contemporain» que dans Le Chant permettent de leur donner
une identité propre. Et puis c'est un thriller. Un genre qui a beaucoup de
noirceur. J'avoue que la série est plus tordue. Cela tient sans doute à
l'intrigue et aux personnages mis en scène. La véritable violence de notre
civilisation est économique et Andréas von Harbow est prêt à tout pour parvenir
au sommet. Au passage, je voulais préciser que cette histoire n'a rien d'une
satire du milieu rôliste (un peu d'humour, les gars !). Je n'ai aucun compte
à régler. J'ai moi-même été joueur et j'ai aimé ça. Je crois qu'on n'avait
encore jamais rien raconté dans ce cadre-là. J'ai simplement utilisé certaines
limites de ce milieu pour dramatiser la situation de départ, sans autre
arrière-pensée.
Avec Le Clan des chimères, vous visitez l'époque médiévale ?
C. : J'ai un faible pour cette période. Ma première série BD (parue chez Vents
d'Ouest début des années 90) trempait déjà jusqu'au menton dans le médiéval
fantastique. Je n'étais pas revenu depuis. Ça me manquait, Du plus loin que je
me souvienne, j'ai toujours associé cette période de l'Histoire à une véritable
terre de légende. Et l'imagerie populaire et la mentalité de l'époque se prêtent
d'assez bonne grâce à l'intrusion du surnaturel dans la vie de tous les jours.
La série n'est pas du tout bâtie comme les deux précédentes. Ce qui me préoccupe
ici, c'est le drame humain et de quelle manière la révélation de la présence des
Stryges va venir bouleverser l'ordre des choses. Il faut du temps pour poser les
personnages et les rendre crédibles. Tout ce petit monde a un rôle à jouer dans
les albums à venir. Patience...
"Les Stryges ne sont ni les Grands Anciens d'Howard P. Lovecraft, ni les
extraterrestres de Chris Carter, mais je ne ferrais aucune objection à ce qu'il
se fassent une petite place au sein de cette grande famille.» Corbeyran
Quatre séries déjà. Encore une autre en perspective ?
C. : On verra. On va déjà mener à leur terme les différents cycles engagés avant
d'explorer d'autres directions. Il faut savoir être mesuré. Ça marche bien et
c'est justement maintenant qu'il convient d'être vigilant, et de ne pas perdre
la confiance des lecteurs ; confiance que nous avons acquise au fil des albums
et des années.
Les Stryges
manipulés par... Michel Suro
Comment es-tu arrivé dans l'univers des Stryges ?
J'avais déjà travaillé sur un projet avec Corbeyran, il y a une dizaine
d'années, mais malheureusement, cela n'a pas abouti. J'accrochais à l'état
d'esprit de ses scénarios alors de ses scénarios alors quand il m'a
proposé Le Clan des Chimères, j'ai accepté. En plus, j'aime le traitement
de ses personnages. Ils ont une psychologie très développée, ils sont plus
profonds que beaucoup de personnage dans la BD en général. Et puis
travailler sur de l'héroic fantaisie m'inspirait vraiment.
Comment se déroule ton travail ?
Corbeyran m'envoie le scénario complet trois mois à l'avance, ce qui me
permet de bien y réfléchir, et de m'en imprégner. Il y joint des fiches
détaillées sur les personnages pour pouvoir aboutir à ce qu'il avait à
l'esprit. Ensuite, je travaille de séquence directement sur de grandes
planches (30x51 cm), sans croquis préparatoires. Je place mes cases et mes
personnages, mais au fil du crayonné, tout change. La planche finale
ressemble rarement à ce que j'avais initialement prévu. Par exemple, je ne
prévois jamais la place pour les dialogues, ce qui m'oblige à changer mes
dessins pour intégrer les longs discours. Et j'effectue ces modifications
à la dernière minutes, en bidouillant un peu le tout. J'aimerais pouvoir
travailler au format de l'album car on a une véritable idée de ce que le
dessin va donner. Alors qu'avec les grandes planches, on a des surprises à
la réduction. Malheureusement j'ai besoin de respiration pour mon dessin,
donc d'espace, a fortiori d'un grand format. Ce qui peut me faire
recommencer entièrement certaines planches même après les avoir encrées ;
si j'ai le temps bien sûr.
Et les couleurs ?
J'avais commencé à donner des indications à Hubert, mais il a su tout de
suite comment s'y prendre. Il a même sauvé certains dessins que j'avais
ratés. Alors, à moins d'une importance capital pour le scénario, il fait
comme il veut. Son travail est une création à part entière qui participe à
la qualité de l'album.
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Le
Clan des Chimères tome 1, par Corbeyran et Suro
(Delcourt Planète N°15 - Janvier/mars 2001)
Troisième élément
Ombres, le premier tome du Chant des Stryges est sorti en 1997. Où en
êtes-aujourd'hui ?
Au moment où j'écris ces lignes, j'ai d'ores et déjà bouclé le premier
cycle de la série mère (1) ainsi que le troisième volume du Maître de jeu (2) et
je m'aperçois avec horreur que nous n'avons fait jusqu'à présent qu'effleurer le
sujet. C'est désespérant. Et à la fois inévitable...
Lorsque l'on évoque votre travail sur les Stryges, vous donnez toujours
cette impression de"subir". Est-ce vous qui maîtrisez le Sujet ou le sujet qui
vous maîtrise ?
L'Univers des Stryges est un gouffre de ténèbres. Plus nous avançons,
plus nous défrichons le terrain, plus l'impression de malaise qui enveloppe
l'existence de ces créatures se renforce. On ne va pas jusqu'à croire nous même,
mais certains faits sont particulièrement troublants.
On a le sentiment que vous n'osez pas tout dire...
C'est que nous ne savons pas tout. Le problème vient de ce que nous
naviguons à vue dans un univers qui nous est parfaitement inconnu. Aucune carte,
aucun plan ne nous a été fourni au départ de l'aventure. Nous sommes aux portes
d'un royaume dont nous ne possédons ni les clés ni les codes. Nous découvrons
les choses au fur et à mesure. Le mystère ne se livre pas d'un bloc. Il s'offre
peu à peu, goutte à goutte. Il nous faut le courtiser avec doigté et prudence.
Soulever le voile du secret et de la peur avec délicatesse. Ne pas brusquer ceux
qui savent au risque de les voir se fermer comme des huîtres.
Justement, pouvez-vous nous en dire plus sur ceux qui détiennent ces
morceaux de vérité ?
Non, hélas! Nous ne disposons que de très peu d'interlocuteurs
"valables". Je n'à pas le droit de révéler Leur identité. Il faut respecter
l'anonymat de leur témoignage.
Parlons de vos collaborateurs, alors. Comment Guérineau, Charlet et Suro
vivent-ils cette expérience ?
Comme moi, ils ont l'impression d'arpenter un couloir interminable,
encombré, sinueux et arborescent. Chaque obstacle rencontré dissimule une
nouvelle série d'obstacles qu'il était impossible de deviner par avance. Après
chaque courbe, nous découvrons de nouveaux embranchements. Chaque embranchement
est jalonné à son tour d'une multitude de portes closes. Derrière chacune de ces
portes se dissimule un nouvel élément. Le troisième élément s'appelle Le Clan
des chimères.
Quelques mots sur Michel Suro, le dessinateur de cette nouvelle série ?
Il y a deux ans, j'ai découvert par hasard qu'il s'était passé un
bouleversement important dans le monde des Stryges aux alentours du Moyen Âge,
une sorte de schisme au sein même de leur communauté. Nous en avons discuté avec
Richard (Guérineau, le dessinateur du Chant des Stryges, NDLR) et nous sommes
tombés d'accord sur le fait qu'on ne pouvait pas traiter cet événement dans le
cadre de la série mère sans risquer de dérouter le public. Nous avons décidé de
l'exploiter dans un cycle à part entière et, nous avons cherché un
collaborateur. Michel s'est imposé naturellement comme l'homme de la situation.
En conclusion ?
Nous sommes comme des aveugles. Nous avançons à tâtons. De temps en
temps, à force de patience, nous parvenons à isoler un élément et nous croyons
le comprendre. Mais nous n'en sommes pas surs. e qui est sûr, c'est que
l'ensemble nous échappe toujours.
(1) Après /e tome 5 (Vestiges, parution en mai 2001), un sixième volume
(Existences, parution en avril 2002) clôturera le "cycle du complot".
(2) Matrice. Après Testament et Prémonition, ce troisième volume clôturera le
"cycle de l'île "
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